Le Blogue de Lucie Renaud | Sinfonia concertante en si bémol majeur

Joseph Haydn (1732 – 1809)

La vie de Haydn prend un nouveau tournant en 1790 lorsque l’imprésario Johann Peter Salomon lui propose une série de concerts à Londres. Quand Mozart apprend la nouvelle de ce départ, il ne peut résister à l’envie de lui demander comment il saura se débrouiller, ne parlant pas la langue du pays. La réponse de Haydn reste célèbre : « La langue que je parle est comprise dans le monde entier. » Les deux amis ne le réalisent pas alors, mais ils se voient pour la dernière fois.
Haydn écrira pour le public de la capitale britannique douze symphonies au cours des cinq années suivantes, ainsi que cette Sinfonia concertante, pour hautbois, basson, violon (partie tenue par Salomon lors de la première), violoncelle et orchestre, seule œuvre du genre complétée par Haydn, donnée pour la première fois le 9 mars 1792.  

La Sinfonia concertante s’ouvre sur un Allegro aux proportions imposantes, conçu pour permettre aux solistes de briller, ceux-ci n’attendant pas la fin de l’exposition orchestrale pour se faire entendre. Le long développement fait la part belle au mode mineur, teintant l’effervescence initiale d’une certaine mélancolie. Conscient de l’impossibilité pour quatre interprètes d’improviser librement, Haydn réalise entièrement la cadence du mouvement. Dans l’Andante, qui pourrait passer pour une page de musique de chambre, les solistes dialoguent entre eux, soutenus par un contingent réduit de cordes et de vents, qui n’interviendront que lors d’un court interlude. Le rondo s’ouvre sur un thème fougueux, rapidement interrompu par le violon solo qui propose un passage opératique. L’impétueux mouvement reprend ensuite ses droits, permettant aux quatre musiciens de démontrer leur virtuosité.

Le Londres de Haydn en 1792
On sait que la Sinfonia concertante, seule œuvre du genre écrite par Haydn, a été créée à Londres le 9 mars 1792. Que se passait-il à ce moment dans la vie du compositeur ? 

Les animateurs des Professional Concerts souhaitant séduire les mêmes publics qui s’étaient massés l’année précédente aux concerts organisés par Salomon, ne trouvèrent rien deplus original que de faire venir de Strasbourg l’ancien élève de Haydn, Ignace Pleyel, et d’organiser une série de concerts conjoints dans lesquels les amateurs de musique pourraient comparer les styles des compositeurs, les deux présentant le même soir des œuvres semblables.

Curieux duel musical donc entre ces musiciens qui se portaient bien évidemment un immense respect et ne voyaient nullement l’utilité de quantifier les acquis de l’un ou l’autre. Haydn composera néanmoins pour ces concerts six nouvelles symphonies et la Sinfonia concertante.

Épuisé par les diverses requêtes et la vie harassante qu’il menait dans la capitale anglaise, il rentrera à Vienne en juillet de la même année. Il devait notamment donner quelques leçons à un certain Ludwig van Beethoven, arrivé quelque temps auparavant de Bonn…

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