Christophe Huss encense Lorenzo Coppola et Arion Orchestre Baroque

À propos de Haydn, Mozart, Rossini : les écrivains de l'âme

Mozart et son double sont en ville

Christophe Huss, Le Devoir
15 mars 2019


En s’adressant au public de la salle Bourgie, le clarinettiste et chef italien Lorenzo Coppola a parlé de sa troisième et « dernière année » avec Arion. Il est vrai que le concert de cette semaine est en quelque sorte la fin d’un cycle établissant un parallèle entre musique instrumentale et commedia dell’arte.

Nous ne pouvons qu’espérer revoir tout de même à Montréal ce personnage hors norme, sorte de Roberto Benigni de la musique, qui raconte et qui nourrit l’âme. Il est le Mozart de Milos Forman, lorsqu’il mime le début de l’introduction du 23e Concerto pour pianoet nous persuade qu’une belle s’y fait courtiser, s’intéresse au charmeur, puis s’esclaffe avant de montrer son sein. Le tout en dix secondes !

Le sourire de la musique

Coppola, c’est la musique avec le regard de Tex Avery, la vertu du dessin animé dans l’édification des masses. Il faut emmener vos enfants, vos jeunes ados. Il faut aller voir ce show. Car la musique classique, cela peut aussi être cela : jouer avec le sourire, sans calcul, sans prétention, sans montrer son profil gauche sous le projecteur. Il faut constater par vous-même que le sourire, le rire, cela change beaucoup dans la perception des choses.

Car la comédie sert aussi le sérieux le plus absolu : aucun compromis sur la qualité ! Au contraire. Coppola et Arion ont ainsi résolu un problème auquel tout le monde se heurte depuis longtemps à la salle Bourgie : jouer un concerto pour clavier. Un piano moderne y bouffe l’orchestre ; un orchestre écrase un clavecin. Ce pianoforte prêté par McGill est un rêve et Cristina Esclapez en a joué avec fantaisie. Je rêvais d’entendre un jour cette liberté, ces balances et ces timbres dans Mozart. Voilà, c’est fait !

Le duo Brisson Paquin/Esclapez a mené l’air K. 505 à très bon port. Quant à la Symphonie no 80 de Haydn, Coppola la voit comme le décalque symphonique de L’enlèvement au sérail de Mozart et a monté un scénario à ce sujet. L’orchestre, entre les mains d’Olivier Brault, a été conquis et s’est livré corps et âme.

Vous n’oublierez jamais ce concert, auquel s’ajoutera, pour les représentations restantes, un air de Rossini. Que ce soit vrai ou pas. Que l’on y croie ou qu’on fasse semblant d’y croire, l’important, c’est le résultat. Et considérant ce que l’on vit et le résultat que l’on constate, il n’y a aucune raison de passer à côté du privilège que nous avons d’accueillir et de côtoyer un tel géant et visionnaire de la musique.
 

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